Ce dimanche: « Celui qui m’a vu a vu le Père. »

Il n’y avait pas d’homélie à la messe ce dimanche ! En vue de notre assemblée paroissiale de vendredi prochain, j’ai demandé aux paroissiens de remplir une enquête qui nous servira à faire le point sur notre vie paroissiale et à envisager l’avenir.

Mais, comme parmi vous, il y a des « accros » aux homélies, je vous envoie celle d’il y a 3 ans suivie du texte de méditation que j’avais mis, à l’époque, sur notre feuille paroissiale. C’est donc du réchauffé ! Mais pour ceux qui sont privés de tout, le réchauffé est préférable au rien !

Bonne semaine

Roger

Quand j’étais au lycée, j’ai connu un prof de sciences physique que je n’ai jamais eu mais que les élèves aimaient imiter, donc tout le monde connaissait. Et ce prof, qui était prêtre, avait la particularité de commencer toujours de la même manière ses réponses aux questions qui lui étaient posées : tu vois ta question, c’est le type même de la question idiote, mais tu as bien fait de la poser ! Les élèves auraient pu se décourager de poser des questions devant cette manière bien peu charitable de répondre, mais ça devenait plutôt un jeu, ils faisaient exprès de lui poser des questions pour l’entendre répondre que cette question était le type même de la question idiote !

Dans l’évangile, heureusement, Jésus ne répond jamais avec suffisance aux questions qui lui sont posées. Vous avez remarqué que dans l’évangile que nous venons de lire, il y a deux questions qui lui sont posées, l’une par Thomas, l’autre par Philippe. Permettez-moi au passage de faire une remarque. Dans l’évangile, c’est assez fréquent de voir les apôtres poser des questions à Jésus. C’est le signe qu’il y avait un grand climat de confiance entre eux. Comme j’aimerais qu’il y ait ce même climat de confiance entre nous. S’il y a des choses que vous ne comprenez pas dans ce que je fais, dans ce que je propose, n’hésitez pas à venir me voir, mon bureau est toujours ouvert ! Ça c’est au niveau des décisions ; mais on pourrait élargir le propos, s’il y a des éléments de la foi de l’Église, certaines de ces décisions que vous ne comprenez pas, parlons-en. Qu’il y ait entre nous ce même climat de confiance !

Je ferme cette parenthèse et je reviens à deux questions qui sont posées dans cet évangile par Thomas et Philippe. Heureusement qu’ils les ont posées parce que, l’une et l’autre, vont permettre à Jésus de donner un enseignement très condensé en deux formules choc qui sont d’une importance capitale pour notre vie chrétienne aujourd’hui. A la question de Thomas, Jésus va répondre : Moi, je suis le chemin, la vérité et la Vie. Je vous ai mis sur les feuilles une petite méditation qui reprend chacun de ces termes, je ne vais donc pas m’attarder sur cette première question et la réponse qu’apporte Jésus, vous lirez, mais chez vous, pas pendant que je parle ! J’aimerais par contre prendre plus de temps pour regarder de près la question de Philippe et la réponse de Jésus.

Qu’est-ce que j’aime la manière dont Philippe formule sa question ! « Seigneur, montre-nous le Père ; cela nous suffit. » Est-ce que vous oseriez dire cela : montre-nous le Père et cela nous suffit ! Je ne suis pas sûr, personnellement, de pouvoir le dire. Est-ce que voir le Père me suffit ? Oui, je peux le dire à l’église, dans ma prière, mais dans le quotidien, est-ce que Dieu me suffit ? Est-ce que voir Dieu, le Père, c’est cela mon plus grand désir ? Je n’en suis ni au point de Philippe, ni au point de la grande Thérèse d’Avila qui disait : solo Dios basta : Dieu seul suffit. Alors, je me suis dit que ces jours, je pourrais bien demander l’intercession de St Philippe et de Ste Thérèse d’Avila pour qu’ils m’aident à faire du tri dans tous mes désirs afin que jour après jour, je puisse me rapprocher de ce moment où je pourrais dire moi aussi en vérité : montre-moi le Père et cela me suffit. Et je pense que vous comprenez bien que ça ne veut pas dire qu’il faut mépriser le reste : nos relations, la vie. Mais cela signifie qu’il faut apprendre à hiérarchiser nos désirs en étant bien conscient que si le désir de Dieu n’est pas le plus fort, les désirs qui viendront en premier risquent bien d’être assez tyranniques et de nous faire perdre notre liberté.

Ça, c’était pour la question, venons-en maintenant à la réponse. « Il y a si longtemps que je suis avec vous, et tu ne me connais pas, Philippe !

Celui qui m’a vu a vu le Père. » Je crois que si Jésus répond de manière aussi carrée à Philippe, c’est parce qu’il y avait une complicité entre eux. Rappelez-vous, le jour de la multiplication des pains, c’est à Philippe que Jésus demande comment on va bien pouvoir faire pour nourrir une telle foule. Quand des grecs cherchent à voir Jésus, c’est Philippe qu’ils vont voir pour lui demander de faire l’intermédiaire. Dans la manière de répondre de Jésus, je vois comme un clin d’œil : eh ben Philippe, toi qui es si près de moi, tu n’as encore pas compris ?

Et c’est donc là que Jésus va développer une catéchèse sur son intimité avec son Père du ciel, catéchèse qui peut être résumée dans cette formule choc : « Celui qui m’a vu a vu le Père. » On pourrait presque dire que, dans cette formule, il y a l’une des clés les plus importantes d’interprétation du christianisme. En effet, régulièrement, nous pouvons nous demander : mais Dieu qu’est-ce qu’il pense, par exemple, du mal dans le monde ? Dieu qu’est-ce qu’il pense quand on perd quelqu’un qu’on aime beaucoup ? Dieu, comment il réagirait face à la violence ? Bref, prenez toutes les questions que vous vous posez sur Dieu et dites-vous que la réponse de Jésus à Philippe vous apporte la solution ! Qui m’a vu a vu le Père. Donc parcourons les Évangiles pour regarder comment Jésus réagit face au mal, face à la mort, face à la violence et nous saurons ce que pense Dieu, nous saurons comment Dieu réagit. J’aime bien cette formule qui dit : Jésus est le visage visible du Dieu invisible.

Mais, vous voyez que se pose immédiatement une question redoutable. Bien des gens qui vivent autour de nous, avec nous, n’ouvriront jamais l’Évangile. Quand ils se posent des questions sur Dieu, le seul élément de référence qu’ils pourront avoir, c’est nous, notre manière de parler, notre manière d’agir. Alors, bien sûr, nous ne sommes pas Jésus, mais quand même, est-ce qu’en nous entendant parler, est-ce qu’en nous voyant agir, est-ce qu’avec les regards que nous posons sur eux, ils découvrent quelque chose du mystère de l’Amour de Dieu pour eux. Comment pourront-ils croire que Dieu est miséricordieux si nous sommes rancuniers ? Comment pourront-ils croire que Dieu est à leur écoute si nous ne leur accordons pas de temps ? Comment pourront-ils croire que Dieu est bon si nous ne sommes pas bienveillants ? Et on pourrait continuer encore longtemps cette série d’interrogations.

Mes amis, si nous venons à la messe régulièrement, ce n’est pas pour répondre à une obligation, mais c’est pour nous nourrir de la Parole de Jésus, de sa présence, afin que, à la suite de St Paul, nous puissions dire avec de plus en plus de vérité : ce n’est plus moi qui vis, c’est le Christ qui vit en moi. Et quand il aura vraiment pris toute sa place en nous, alors nous deviendrons des témoins de plus en plus crédibles de Dieu en devenant, à notre tour, des reflets visibles de l’amour du Dieu invisible.

Texte de méditation sur les feuilles de Bellegarde :

S’il se présente à toi comme le chemin, ton chemin, c’est que tu n’es pas encore au bout de ta vie. Relève-toi, si tu t’étais déjà arrêté pour t’asseoir en te disant : « A quoi bon maintenant, je ne changerai plus !… » Il te faut reprendre la marche, continuer ta route, aller plus loin dans la foi et dans l’amour. Tu as encore beaucoup à recevoir et beaucoup à donner. Ne t’arrête pas en chemin ! Si le Christ t’entraîne vers son Père, ne lui résiste pas. Laisse-le te conduire vers le Dieu que nul n’a jamais vu. Jésus seul peut te mener à Lui, parce qu’il vient d’auprès de Lui et qu’il veut te Le faire connaître. Seuls ceux qui marchent connaissent le chemin. Si Jésus se présente comme le chemin, c’est qu’on n’a jamais fini de découvrir celui qu’on aime… on n’a jamais fini de découvrir Dieu. C’est aussi qu’il veut t’emmener loin, bien plus loin que tu ne saurais l’imaginer. Si tu veux savoir qui est Dieu, regarde Jésus.

Il est la vérité de Dieu. Ouvre ton évangile, lis-le et relis-le souvent : tu y verras Dieu dans notre histoire d’hommes, tu deviendras familier de Dieu, tu verras que Dieu peut te parler dans la prière. Si tu veux savoir qui est Dieu, regarde Jésus et écoute-Le. Et si tu veux savoir qui est l’homme, regarde aussi Jésus. Il est la vérité de l’homme. Il est l’homme accompli, l’homme conforme au dessein de Dieu, l’homme vraiment libre, l’homme que chacun de nous aspire à devenir. Enfin, si tu veux savoir ce qu’est l’amour, regarde encore Jésus. Il est la vérité de l’amour, sa norme et sa mesure.

Cette vie qui vient d’auprès de Dieu comme une eau jaillissante, cette puissance de Résurrection et de pardon, elle t’est offerte chaque dimanche dans l’eucharistie. Ne boude pas ce pain de vie qui refait tes forces ! Quand Jésus te dit : « Ceci est mon corps… ceci est mon sang », c’est sa vie qu’il t’offre. Ne la dédaigne pas ! Que restera-t-il de ton passage sur la terre, si tu ne cultives pas dans ta vie l’amour éternel de Dieu semé en toi au jour de ton baptême ? Comment donner saveur d’éternité à tout ce que tu vis, si tu n’accueilles pas, pour compagnon de route, Celui qui seul peut te faire franchir la mort ?

Père Roger Hébert