Homélie dimanche 25/06/2017

Saviez-vous que Dieu nous invite à utiliser ce que nous appelons « le téléphone arabe » ? Mais il souhaite que nous fassions bien attention à la manière dont nous allons l’utiliser !

Bon dimanche, bonne semaine !

Roger

Textes du jour : Jérémie 20, 10-13 – Matthieu 10, 26-33

Quand j’étais interne au Foyer-séminaire durant mes années collèges et lycée, ce que j’aimais le plus, c’étaient les week-ends au cours desquels nous ne partions pas deux fois par trimestre. Le but était de passer un week-end de réflexion, prière et détente. Chaque fois, il y avait une veillée où on faisait des jeux, pas des jeux de société, des jeux de veillée. Parmi tous ces jeux, il y en avait un que j’aimais particulièrement, c’était le téléphone arabe. Vous savez on dit une phrase à l’oreille de son voisin qui doit la répéter à son voisin et ainsi de suite. C’est très amusant parce que, le dernier, quand il dit tout fort ce qu’il a entendu, ça n’a plus rien à voir avec ce qu’avait dit le premier !

J’ai l’impression que c’est presque de ce téléphone arable que nous a parlé Jésus dans l’évangile : « ce que vous entendez au creux de l’oreille, proclamez-le sur les toits » disait-il. Mais, en entendant cela, je n’ai pas pu m’empêcher de penser que, le domaine dans lequel nous sommes le plus à l’aise, c’est celui des rumeurs. Et parfois, nous nous rendons compte, après coup, que nous aurions dû être plus prudents avant de répéter ce que nous avions entendu. Ça nous arrive à tous un jour ou l’autre ! A ce sujet, j’aime bien la réflexion que l’on prête à Socrate quand quelqu’un vient lui rapporter une rumeur à propos d’un de ses amis. Socrate lui dit : avant de commencer à parler, je voudrais te demander si tu as bien passé ce que tu avais me dire à travers les 3 tamis qui sont le tamis de la vérité, la bonté et l’utilité.

  • Ce que tu as à me dire es-tu sûr que c’est vrai ? Je ne sais pas di l’autre, c’est quelqu’un qui me l’a dit !
  • Alors 2° tamis, est-ce que ce que tu as à me dire est bon, est-ce que ça me fera du bien à moi et à mon ami ? Pas précisément répondit l’autre !
  • Enfin dernier tamis : est-ce vraiment utile que je sache ce que tu as à me dire ? Non pas franchement répondit l’homme.

Alors Socrate conclut en disant : si ce n’est ni vrai, ni bon, ni utile, je préfère ne pas l’entendre !

Comme ça serait bien si nous agissions tous ainsi avec ceux qui veulent nous rapporter des rumeurs ! Parce que la rumeur, elle se propage selon le principe du téléphone arabe, elle ne fait que s’amplifier et se déformer en passant de bouche à oreille. Mais revenons à l’Évangile ! Evidemment, quand Jésus dit : « ce que vous entendez au creux de l’oreille, proclamez-le sur les toits » ce n’est pas en pensant aux rumeurs qu’il le dit !

La suite du texte nous montre clairement ce qu’il nous invite à proclamer sur les toits. Je le résumerai volontiers par cette phrase : chacune et chacun d’entre nous, nous avons du prix aux yeux de Dieu et ne pas le croire, ne pas le dire c’est peut-être le plus gros péché que nous puissions faire ! Oui, contrairement à ce que disaient les listes de péchés qui étaient censées nous préparer à la confession, le plus grand péché ne se situe pas dans telle ou telle action, mais dans le fait de douter de l’amour de Dieu et de ne pas avoir envie de crier cet amour sur les toits ! Ah, si nous pouvions un peu mieux comprendre à quel point, chacun de nous, nous avons de la valeur aux yeux de Dieu … si nous pouvions être ancrés dans cette certitude de foi qu’il veut s’occuper de nous jusque dans les moindres détails.

Vous avez entendu pour nous dire à quel point chacun de nous est important pour Dieu, Jésus a affirmé que le nombre de cheveux que nous avons, Dieu le connaît et qu’il s’inquiètera pour un seul cheveu qui tombe alors que nous en avons entre 100 et 150 000 ! Oh oui si nous arrivions à le réaliser un peu mieux, c’est sûr, rien ne pourrait nous retenir : nous irions le crier sur les toits !

Attention, ça ne veut pas dire que, puisque Dieu nous aime, il ne nous arrivera rien, nous ne connaitrons pas de difficultés. Oh si, ça peut arriver, même à ceux qui ne doutent pas de l’amour de Dieu. Nous en avons eu une brillante illustration avec la 1° lecture : malgré sa fidélité, Jérémie a été un des prophètes qui connaîtra le plus de difficultés. Toutefois, parce qu’il ne doute pas de l’amour de Dieu, Jérémie affirmait : « Le Seigneur est avec moi, tel un guerrier redoutable. » Comme j’aime cette expression ! Vous avez entendu : nous avons une telle valeur aux yeux de Dieu que dès qu’il nous voit en difficulté, il vient à nos côtés, nous prêter main forte comme un guerrier redoutable. Guerrier redoutable, est-ce un qualificatif adapté pour désigner Dieu ? Oui ! Ça signifie que Dieu vient nous épauler dans les combats que nous avons à mener au quotidien. Evidemment, il ne s’agit pas de combats contre les autres, mais de combats contre nous-même pour éradiquer telle mauvaise habitude, combats contre la maladie, combats contre le désespoir, que sais-je encore. Dans ces combats, tel un guerrier redoutable, Dieu se fait notre allié, c’est le sens du mot alliance. S’il devient notre allié, c’est parce que, chacun, nous sommes infiniment précieux à ses yeux.

Voilà donc ce que nous devons crier sur les toits : nous avons tous tellement de valeur pour Dieu qu’il est avec nous, qu’il se propose de combattre à nos côtés. Le problème, c’est que, lorsque les épreuves deviennent trop fortes, nous avons de plus en plus de mal à croire que nous avons de la valeur aux yeux de Dieu. C’est là que nous aurons besoin de trouver, auprès de nous, des frères qui nous rappelleront que nous sommes aimés de Dieu, que nous avons une valeur infinie à ses yeux.

Ce matin, avec les enfants, au cours de la séance de caté, nous avons parlé de St Vincent Depaul puisque c’est le 400° anniversaire de sa venue dans notre diocèse comme curé à Chatillon sur Chalaronne et que notre église porte son nom. Quand il est devenu prêtre, il était surtout intéressé par la gloire et les honneurs. Différents événements vont le faire changer complètement d’orientation. Désormais, il passera sa vie à crier sur les toits que les pauvres sont aimés de Dieu. Mais, lui aussi, il savait bien que les pauvres auraient bien du mal à croire ces paroles. Alors, il a voulu le leur montrer concrètement. Par exemple, quand il crée les dames de charité, ce groupe de femmes, chargées d’aller soigner les plus pauvres, il écrit pour elles un règlement. Il y a, dans ce règlement, un détail qui m’a beaucoup touché. Il explique que lorsqu’elles iront faire manger un pauvre qui est alité, il faudra qu’elles commencent par déplier sur son lit une belle serviette. Les pauvres, quand ils avaient de quoi manger, ils ne mangeaient jamais avec une belle serviette ! Mais Vincent insistait sur ce détail parce qu’il voulait que les plus pauvres puissent comprendre qu’à travers ces dames, c’était Dieu lui-même qui venait les servir. Or, quand Dieu s’occupe de nous, il le fait en nous traitant comme des princes ! Voilà ce que nous avons à crier sur les toits avec des mots et encore bien plus avec des actes.

Père Roger Hébert